Résumé
Cet essai analyse les racines historiques-religieuses de l'ancienne Sardaigne à travers les deux archétypes fondamentaux du monde agropastoral et nuragique: la Grande Mère (Méditerranée) et le Dieu du Taureau. Sources archéologiques, monumentales et anthropologiques liées au culte de la déesse, associées à la fertilité de la terre, les eaux et les cycles de vie et de mort, comme en témoignent les contextes de la Domus de Janas et les temples bien construits comme Santa Cristina. Dans le même temps, la figure du Dieu Taureau est approfondie, symbole du pouvoir générateur et protecteur des morts, témoin par les protomes de bronze et les représentations dans les structures funéraires prénuragistes et nuragiques. L'analyse met en évidence la cohérence d'un système cosmologique et social à l'origine matriarcal, fondé sur l'équilibre entre principe féminin et principe masculin, dont les traces survivent dans les rituels et le patrimoine immatériel de l'île.
Généralités
Cette étude analyse les racines historiques et religieuses de l'ancienne Sardaigne à travers les deux archétypes fondamentaux du monde agropastoral et nuragique: la Grande Mère (MéditerranéeEt le Dieu du taureau. Il examine les sources archéologiques, monumentales et anthropologiques liées au culte de la Déesse, associées à la fertilité de la terre, des eaux et des cycles de la vie et de la mort, comme en témoignent les contextes de la Domus de Janas et des temples comme Santa Cristina. Parallèlement, il explore la figure du Dieu du taureau, symbole du pouvoir générateur et protecteur des morts, attesté par des protomes de bronze et des représentations dans des structures funéraires prénuragiques et nuragiques. L'analyse met en évidence la cohérence d'un système cosmologique et social avec une empreinte à l'origine matriarcale, basée sur l'équilibre entre les principes féminin et masculin, dont les traces survivent dans les rituels et le patrimoine immatériel de l'île.
L'analyse des racines religieuses et anthropologiques de l'ancienne Sardaigne nécessite une reconnaissance attentive des témoignages matériels et des textes fondateurs décrivant le substrat spirituel de l'île. Dans le paysage méditerranéen, la civilisation sarde a conservé une physionomie culturelle autonome, profondément enracinée dans un contexte agropastoral où le caractère sacré s'est exprimé par le lien indissoluble avec les éléments naturels, la terre, l'eau et la faune et la maison. Au centre de ce système symbolique se trouve la figure de la Grande Mère, ou Méditerranée, et son homologue mâle, identifié avec le Dieu Taureau. Ces deux entités non seulement représentent deux divinités distinctes, mais constituent les pôles d'un système cosmologique cohérent, visant à expliquer et à propulser le cycle éternel de la vie, de la mort et de la régénération. L'examen des sources archéologiques, monumentales et textuelles permet de décrire la complexité de ces cultes, en soulignant comment ils ont façonné non seulement l'architecture sacrée de l'âge du bronze, mais aussi la structure sociale et l'imagination collective de l'île à travers les millénaires.
La Méditerranée Mater et le Mystère de la Fertilité Primordielle
Le culte de la Grande Mère en Sardaigne a ses racines dans un passé lointain, avant l'âge nuragique, et imprègne tout le bassin méditerranéen avec un réseau dense de restes iconographiques et cultuels. Dans l'imaginaire collectif et la recherche archéologique, la définition de cette divinité entre en conflit avec la complexité de ses manifestations, puisque les nombreuses reproductions fictives, lithiques et rocheuses n'offrent pas une clef d'interprétation unique, laissant ouverte le débat sur l'identité réelle et la fonction originale de ces figures. Néanmoins, il est largement admis que la Déesse Mère représentait la plus haute divinité féminine de l'île, vénérée depuis la période prénuragique en lien étroit avec la nature, les forêts, les précipitations et les sources d'eau. Cette association avec des éléments vitaux justifie la représentation iconographique typique d'une figure féminine aux formes généreuses et abondantes, conçue comme une mère primordiale et génératrice, dont la force créatrice est assimilée à la terre elle-même.
La terre fertile, en effet, accueille la semence sèche et apparemment morte pour la rendre, à travers le cycle des saisons, sous forme d'un nouveau germe. Cette métaphore agropastorale se reflète également dans la sphère funéraire. Dans de nombreux contextes archéologiques sardes, les reproductions Méditerranée ont été trouvés à l'intérieur de nécropole hypogéique, comme le célèbre Domus de Janas. Dans ces sépultures sculptées dans la roche vivante, les défunts ont été placés en position foetale, imitant symboliquement le retour au sein de la mère. Cette pratique met en évidence une conception de la mort non pas comme une fin absolue, mais comme une phase de transition et d'attente d'une nouvelle naissance, comparable précisément à la semence qui repose dans le sous-sol pour se régénérer. Cette vision cyclique de la vie trouve son extraordinaire matérialisation monumentale dans les puits sacrés et dans les temples mégaron dédiés à l'eau, où l'architecture elle-même dialogue avec les cycles célestes et telluriques.
Un exemple emblématique de cette synthèse entre architecture sacrée, culte de l'eau et astronomie est représenté par le Pozzo di Santa Cristina. Dans ce temple hypogéique, caractérisé par une entrée monumentale sous la forme d'un triangle qui rappelle la pube et l'origine biologique de la vie, une fusion sage de la géométrie et de l'observation céleste se manifeste. Selon l'analyse de certains savants, en fait, tous les dix-huit ans et demi la lune, considéré comme l'une des manifestations physiques possibles de la Grande Mère, se reflète parfaitement dans les eaux profondes du fond du puits, scellant le lien entre la voûte céleste, la terre et la fécondité souterraine. Ce complot dense de correspondances symboliques fut accompagné, selon l'hypothèse de nombreux anthropologues, d'une ancienne structure sociale de moisissure matriarcale. Cette matrice culturelle aurait imprimé un caractère particulier à la société sarde, dans laquelle la figure féminine n'a jamais été limitée à des rôles d'importance secondaire, se distinguant clairement des modèles patriarcaux qui prévalent dans d'autres civilisations du monde antique et laissant une empreinte durable dans les coutumes et la sensibilité locale.
Le Dieu Taureau et la Masculinité Sacrée dans le Substrat Nuragique
Complémentaire et subordonné à la figure de la Grande Mère, bien que dotée d'une force autonome et d'une dignité cosmologique égale, est la figure du Dieu Taureau. Symbole animal de puissance physique, de vigueur et de fertilité, le taureau incarne la force féconde de la nature, en relation étroite avec la productivité de la terre et avec le cycle de l'eau. Dans une civilisation telle que celle nuragique, dont l'économie était fondée principalement sur l'agropasto-ralisme et l'exploitation des ressources minérales, la déité taurine représentait le principe du générateur masculin, indispensable pour garantir la prospérité des cultures et la survie de la communauté. Précisément en vertu de ce lien avec la vitalité de la terre, le consort de la Grande Mère a été considéré pour résider également dans les sources, les cours d'eau et les puits sacrés, lieux où l'élément liquide a rencontré la fertilité de la roche et du sol.
Cependant, la présence du culte taurin en Sardaigne ne se limite pas à la sphère de la fécondité agraire, mais étend son champ d'action au monde des morts et à la protection extérieure. Dans les témoignages matériels trouvés dans les temples et les contextes funéraires de l'île, les protomes taurines apparaissent fréquemment sous forme de sculptures votives en bronze et en terre cuite. Le taureau est représenté comme un dieu mâle protecteur des morts, dont l'image est gravée sur les murs et sur les pierres d'entrée du Domus de Janas, peint dans des tombes souterraines ou sculpté dans des bétiles et des menhirs, c'est-à-dire les pierres fixes d'un caractère phallique symbolisant la virilité vivace du dieu mâle. Cette concentration dense de symboles taurines dans les lieux de sépulture montre comment la figure du taureau agit comme guide et gardien dans le passage difficile de l'existence terrestre à extérieure, confirmant la double valence de la divinité, liée à la génération de la vie et à la sauvegarde de l'ordre cosmique après la mort.
Sur le plan des influences historiques et culturelles, le culte du dieu Taurine en Sardaigne a stimulé de larges débats académiques sur les contacts possibles avec les civilisations grecque et orientale de l'ancienne Méditerranée. Certains savants ont supposé une dérivation de cette ancienne divinité sarde du dieu égyptien Api, également caractérisé par des apparences taurines, ou interprété des analogies comme le fruit d'une influence culturelle mutuelle et profonde entre la civilisation nilotique et celle de la chardane, la population guerrière protagoniste de l'histoire sarde et méditerranéenne de l'âge du bronze. Indépendamment des flux d'échanges extérieurs, la figure du taureau en Sardaigne a maintenu une physionomie fortement autochtone, capable de s'installer dans l'inconscient collectif de l'île et de réapparaître, dans les siècles suivants, à travers une série de survies rituelles qui témoignent de l'extraordinaire résilience des croyances païennes antiques devant l'avènement du christianisme.
Notes bibliographiques et références
- Sur l'analyse globale du substrat religieux préhistorique et protohistorique de la Sardaigne et la conception de l'espace funéraire et sacré, nous nous référons à la synthèse archéologique fondamentale de Giovanni Lilliu, en particulier La civilisation sarde du paléolithique à l'âge du nuraghi, Torino, ERI Editions, 1988, p. 115-142.
- Pour une étude spécifique sur le symbolisme de l'eau, l'architecture des puits sacrés et les relations avec l'astronomie mégalithique sur l'île, voir les contributions d'Arnold Lebeuf et les éditions relatives à l'archéologie astronomique sarde, en particulier concernant le site de Santa Cristina di Paulilatino.
- Sur la dynamique du matriarchate original et sur la persistance des rôles féminins dans la culture traditionnelle sarde, voir le traitement anthropologique de Dolores Turchi, Masques et mythes de la Sardaigne, Roma, Newton Compton Editori, 2014, p. 45 à 62.